La bataille de Shiroyama est une bataille unique dans l’histoire du Japon, puisqu’elle voit une confrontation tout à fait inégale entre les troupes de l’empereur Meiji, composées de 30 000 hommes, et une poignée de samouraïs, 300 ou 400, sous les ordres de Saigo Takamori. Rebelles, Saigo et ses samouraïs refusaient d’admettre la fin de l’empire féodal dirigé par les shoguns Tokugawa, et ne reconnaissaient pas la restitution du pouvoir de l’empereur.
Takamori Saigo fut lui-même un général aux commandes des troupes impériales, avant de changer de camp, comprenant que la fin des shoguns allait ouvrir le Japon sur le monde extérieur.
Par la restitution de son pouvoir, l’empereur était en passe de détruire leur mode de vie : le bushido (littéralement « la voie du guerrier ») et les épées qui avaient régi le Japon pendant plus d’un millier d’années étaient en passe de disparaître. La noblesse du samuraï et son entraînement avaient été rendus caduques par la mise en place de troupes équipées d’armes à feu sous les ordres de la nouvelle gouvernance.
C’est depuis son fief de Kagoshima qu’il organisa la rébellion.
En 1877, les samouraïs sous le commandement de Saigo étaient retranchés sur leur base d’opération lorsqu’ils furent encerclés sur la colline de Shiroyama. Leur arc traditionnel et, bien sûr, leurs précieux katanas pour se défendre face aux troupes de l’armée impériale composées de 30 000 hommes avec des mousquets et des fusils. Le commandement impérial demanda à Saigo de se rendre pacifiquement et d’être ainsi épargné, mais, en tant que samouraï, Saigo ne pouvait s’y résoudre. À la place, durant la nuit du 23 septembre 1877, il buvait son saké et se préparait à mourir avec ses hommes.

À 3 heures du matin, les troupes de l’empereur commencèrent à bombarder la base, avant de poursuivre par une attaque frontale. Après avoir été blessé à deux reprises, Saigo mit fin à ses jours en pratiquant le « seppuku », ou suicide rituel, et évita le déshonneur qu’aurait causé sa capture. La trentaine de samouraïs ayant survécu à l’attaque chargea les premières lignes de l’armée impériale avec leurs katanas. De courage et d’abnégation, ils s’acquittèrent du mieux qu’ils purent de leur devoir de samouraï, mais au final, tous moururent. La voie du Samouraï était morte.
La bataille de Shiroyama est célèbre car elle met symboliquement fin au Japon féodal, tout en élevant la bravoure des samuraï. Une transition douce pour acquérir la modernité. Saigo Takamori est célébré dans tout le Japon comme celui qui porte le titre de « dernier samuraï » et, loin d’être considéré comme un dissident du pouvoir impérial, il est réhabilité par l’empereur qui le pardonne, en 1899, et sa statue demeure dans le parc Ueno à Tokyo.
