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Découvrir le Japon à travers les livres #9 : Sentō, l’art des bains japonais

 

Quand on parle du Japon, un sujet revient beaucoup : les onsens. Ces sources d’eau chaudes naturelles, volcaniques ou géothermiques, ayant des propriétés curatives. Pourtant on entend beaucoup moins parler des sentō, qui ont fait et font toujours partie du quotidien de nombreux japonais et qui peuvent également être considéré comme des onsens.

Les sentō sont des maisons de bains publics gérées par des familles, parfois depuis plusieurs générations. D’abord nés d’un besoin d’hygiène, les maisons japonaises d’antan n’ayant pas toujours une salle de bain, ils sont aujourd’hui surtout un lieu de relaxation et de vie sociale. Malheureusement, c’est une tradition qui s’est un peu perdue et le nombre de sentō du pays à drastiquement diminué (17 000 entre 1926 et 1989 contre 3700 aujourd’hui).

Stéphanie est une française installée au Japon depuis 2008. Grande passionnée de sentō, elle est associée aux éditions Sully Le Prunier pour nous offrir Sentō, l’art des bains japonais, un livre de 235 pages où elle nous partage son expérience avec ces bains encore méconnus par bons nombres d’étrangers.

« Les sentō, les maisons de bains publics gérées par des familles et transmises de génération en génération, sont une tradition séculaire qui fait partie du mode de vie des Japonais. Grâce aux bienfaits de l’eau très chaude, le plus souvent d’origine naturelle, ils ont un rôle de purification, d’hygiène et de détente ainsi qu’une dimension communautaire, lieu de rencontre des membres du voisinage de tout âge où sont abolies les différences sociales.

Ils comportent également une dimension artistique, et les fresques peintes, les mosaïques, l’agencement des bains font de chacun d’entre eux un véritable petit musée, depuis les sentō de style traditionnel jusqu’aux sentō modernes des designers.

Cet ouvrage, en explorant les différents aspects de la culture des bains japonais et en présentant plus de soixante d’entre eux, nous ouvre les portes d’un monde intime et nous permet d’apprécier des véritables joyaux de la culture japonaise. »

Sentō, l’art des bains japonais se découpe en deux parties. Dans la première, l’auteure nous parle de son parcours, de comment elle a découvert les sentō et en est devenue l’ambassadrice. Elle nous explique la différence entre un sentō et un onsen, les règles à suivre lorsque l’on s’y rend (à l’aide des belles illustrations de Joranne) ainsi que l’histoire de leurs architectures et de leurs fresques qui les rendent si unique. La deuxième partie, présente 60 sentō visités par Stéphanie, illustrée par ses photos et explications sur leurs différents bains et décors, leurs adresses, leurs horaires et leurs tarifs. En plus d’être un précieux guide pour le voyageur voulant tenter l’aventure, il permet au lecteur de se rendre compte à quel point les sentō sont des endroits différents qui ont tous leur propre identité. D’un sentō traditionnel, en passant par un sentō à l’ambiance Marie-Antoinette pour finir dans un autre au style très moderne, il y en a vraiment pour tous les goûts.

Photo par Stéphanie Crohin Kishigami

Sentō, l’art des bains japonais

Stéphanie s’est donnée pour mission de promouvoir la culture du sentō au Japon et à l’étranger. Son livre est une belle découverte, une porte d’entrée pour ce monde méconnu qui vous donnera envie d’en faire vous-même l’expérience !

Pour vous procurer Sentō, l’art des bains japonais, rendez-vous sur le site des éditions Sully ou dans votre librairie.

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Interview de l’auteure, Stéphanie Crohin Kishigami

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 35 ans et je suis originaire du Sud de la France mais j’ai beaucoup vécu à l’étranger au cours de ma vie. Je suis venue habiter pour la première fois au Japon en 2008 pour un échange universitaire à l’université Rikkyo de Tokyo. Avant cela j’avais déjà voyagé dans ce pays mais je n’y avais jamais vécu. J’étudiais le japonais tout simplement car j’adore la littérature japonaise, ça a été ma motivation ! J’aimais aussi beaucoup les paysages japonais. En fait, c’était plus un deuxième choix. A la base je voulais être décoratrice d’intérieur. Devant m’assumer seule, je n’ai pas pu financer mes études et je me suis donc tournée vers cette licence, que j’ai beaucoup aimée ! Je suis ensuite rentrée en France où j’ai obtenu mon master de littérature japonaise avant de partir travailler 2 ans à Djibouti en Afrique.

Je ne pensais pas du tout revenir vivre au Japon mais en 2012 une entreprise japonaise m’a proposé un travail alors je suis revenue. J’étais déjà bilingue à cette époque et j’étais la seule étrangère de la compagnie.

Pour en savoir encore plus, n’hésitez pas à écouter ce podcast où Stéphanie parle plus en détail de son parcours.

Photo par Jordy Meow

Comment est venue cette passion pour les sentō ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous investir dans ce milieu ?

Tout simplement avec mon premier sentō en 2008 pendant mon échange universitaire. J’allais à celui proche de l’université. J’adore les bains à l’origine mais là il y a tout ce côté agréable et relaxant et la communauté. On papote avec les habitués. J’ai répété chaque semaine cette expérience qui m’a beaucoup plu.

En 2009, je suis donc retournée en France, puis je suis partie en Afrique et en 2012, retour Japon. J’étais toute seule dans une entreprise japonaise, j’ai eu beaucoup de difficultés et c’était très compliqué. J’ai pensé renoncer, mais je me suis rappelée des sentō ! J’y suis retournée dès la première semaine. Et là, ça a été ma nouvelle motivation ! Je me suis accrochée dans mon entreprise japonais, je n’avais pas envie d’aller au travail le matin, mais je pensais au bon temps que je vais passer au sentō. Du coup ça a été génial ! J’ai adoré ces moments-là.

J’ai retrouvé le sentō que je fréquentais lorsque j’étais en échange universitaire. Le propriétaire m’a reconnue et je me suis liée d’amitié avec la famille. J’ai voulu en savoir un peu plus et il m’en a donc appris beaucoup. J’en ai visité plein et j’ai découvert que chaque sentō était complètement différent et qu’il avait tous des charmes uniques, une histoire unique, dans le sens autant historique que familiale. Mais au même moment j’ai appris qu’ils étaient en train de disparaitre. Ça m’a fait mal au cœur et je me suis dévouée à fréquenter les sentō. Au début ça s’est fait par les réseaux sociaux puis petit à petit j’ai commencé à être un peu connue et médiatisée.

En 2014 la mairie de Tokyo m’a demandé d’être membre du comité des bains de Tokyo, ce qui consiste à réévaluer le prix des sentō chaque année. En 2014, il restait environ 600 sentō à Tokyo. Aujourd’hui on en est à 500. Ça fait maintenant 6 ans que je fais cette mission. On est 5 personnes à réévaluer pour les centaines de sentō se trouvant à Tokyo. En 2015, j’ai été élue la première « ambassadrice des sentō », pour me remercier pour mon activité et aussi pour l’officialiser.

J’ai changé plusieurs fois d’entreprises au Japon. En 2016, j’ai décidé d’être freelance et j’ai écrit mon premier livre car j’ai pris beaucoup de photos au Japon, notamment dans les sentō et je trouvais dommage qu’elles restent dans mon ordinateur ou sur Instagram. Ce n’est pas la même chose que dans un livre que les gens peuvent trouver en librairie. C’est mieux pour faire découvrir les sentō. Il est sorti en 2017 s’intitule Les sentō sont de petits musées j’y présente les sentō avec leur aspect artistique, architectural, la communauté et niveau beauté/santé qui ressemble à Sentō, l’art des bains japonais. Dans la foulée j’ai sorti un deuxième livre au Japon qui est un guide de 50 sentō de Tokyo que je recommande à des débutants.

Dans le cadre de mon travail, je collabore beaucoup avec les médias. Je fais des apparitions à la télévision, dans les journaux et magazines, etc, des conférences et des évènements dans tout le pays.

Beaucoup d’occidentaux n’osent pas se rendre dans les sentō car cela semble être une sphère privée. Y aurait-il un conseil pour se lancer ?

Photo par Stéphanie Crohin Kishigami

J’en parle beaucoup dans le livre. Je pense que c’est important de l’aborder et de se rendre compte que ce n’est rien. Je guide beaucoup de gens dans les sentō. Par exemple les gens qui veulent y aller pour une première fois mais qui n’osent pas y aller seuls.

Dans un sentō on est pas du tout sexualiser. On ne se regarde pas. Le corps n’a pas d’importance. C’est l’endroit où on s’oublie. Quand je guide ces personnes, je leur promets qu’au bout de 5 minutes, ils vont s’oublier et oublier leurs complexes. Pour rassurer les gens les plus pudiques, je leur propose de garder leur serviette devant eux et de la mettre sur leur tête une fois dans le bain. Mais mêmes eux au bout de 5 minutes ils ne s’en servent plus ! Pour moi, c’est surtout une histoire de passer le cap. Même des personnes très réticentes au début me donnent des réponses très positives.

En plus, comme je le dis dans le livre, contrairement aux onsen, les sentō acceptent les personnes tatouées. Donc, ça rassure beaucoup de personne.

Auriez-vous une anecdote « sento » à nous raconter ? Un bon souvenir ?

C’est un peu difficile. J’y vais 5 fois par semaine. C’est mon quotidien depuis des années alors je n’ai pas vraiment une anecdote qui me vient tout de suite à l’esprit. Par exemple je suis sur une affiche de l’association des sentō et une mamie m’a reconnu, alors d’un coup il y a un attroupement autour du poster et ensuite elles sont venues me parler. Ou encore, quelques fois, je vais dans des sentō un peu perdus où je ne connais personne puis je m’assoie et là quelqu’un me dit « ah ! Je vous ai vu à la télé ! ».

Photo par Stéphanie Crohin Kishigami

Enfin, quel est votre sento préféré ?

Je n’en ai pas ! J’ai visité plus de 1000 sentō jusqu’à présent. Chaque sentō possède des charmes différents donc je ne peux pas décider lequel est mon préféré. J’en ai des centaines de préférés ! Souvent les gens me demandent des recommandations, alors je les adapte aux personnalités de chaque personne. Est-ce qu’elle préfère un sentō moderne ou plus rétro ? Est-ce qu’elle a envie d’un bain aromatique ? Un bain extérieur ? Dans quelle zone géographique ? Et là je choisis un sentō pour chaque personne. Et aussi quand je fais une interview à la télévision, j’essaye de présenter le plus possible des endroits différents.

Merci à Stéphanie de nous avoir accordé de son temps. Toutes les photos de cette interview sont les siennes. N’hésitez pas à visiter sa boutique de photo et à écouter cet autre podcast parlant de son livre.

Pour vous procurer Sentō, l’art des bains japonais, rendez-vous sur le site des éditions Sully ou dans votre librairie.

Photo par Stéphanie Crohin Kishigami

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